Rue 89 revient sur les fils de pub
, comment ont-ils évolués depuis les années 80 durant lesquelles ces post-soixantuitards
ont pris le pouvoir et réalisé le casse du siècle ? À lire ici, mais je vais permettre de commenter certain passages car c'est un milieu qui m'a toujours attiré et repoussé à la fois... d'autant que certains points peuvent s'appliquer d'une façons plus générale.
Aujourd'hui, les agences tirent parti de leur attrait auprès des jeunes diplômés des meilleures écoles de commerce ou de graphisme et se montrent très, très sélectives.
Jeunes ET diplomés... on ne peut pas être simplement diplômé. On est forcément jeune diplômé, c'est une petite bizarerie qu'on retrouve un peu partout de nos jours et qui veut tout simplement dire : On veut pouvoir payer des gens qualifiés le moins cher possible
. Et puis, plus ils sont jeunes et plus ils sont motivés, disponibles et... malléables. Ils sont aussi encore plein d'illusions !
Chaque « aspirant publicitaire » doit être capable de faire remarquer des compétences autant personnelles que professionnelles et réaliser 3, 4 ou même 5 stages avant d'espérer le moindre contrat de travail.
Stage ou pas stage pour travailler en agence il faut... avoir déjà travaillé en agence de pub. Si on regarde les offre d'emplois dans le domaine on voit toujours la mention : 2 ou 3 ans d'expérience en agence
. La pub est un milieu qui véhicule beaucoup de clichés, mais c'est aussi un milieu qui me semble extrêmement formaté. Comprendre : Si tu fit pas, va voir ailleurs !
.
Nathalie, 28 ans, chef de groupe dans une grande agence parisienne, dit avoir tout de suite apprécié ce monde où « tout le monde se tutoie, tu mets la musique à fond, c'est jeune, personne n'a au-dessus de 30 ans ».
Ah l'âge... J'y revient un peu plus bas.
A l'arrivée, les créatifs jouissent en général d'une forme d'ascendant sur les commerciaux, parce que leur activité a quelque chose d'artistique, qui leur confère une aura.
Alors ça c'est quelque chose d'assez phénoménal que j'ai pu constater lors de mon bref passage dans une grande agence montréalaise. Dans ma carrière j'ai souvent travaillé directement chez le client où pour tout un tas de raisons on bride toute ambition créative que vous pouvez avoir. Vous n'imaginez pas alors la frustration de graphistes et autres designers lorsque l'agence mendatée par votre employeur débarque avec une campagne de pub dans laquelle des humains se déguisent littéralement en oiseaux à plumes... quand dans le même temps on vous ferme la porte à la moindre proposition créative que vous faites. Ouais mais les costumes sont faits par le styliste du cirque du soleil
, etc. Je vous laisse admirer, cela dit je me souviens que ça jasait beaucoup en interne et la campagne n'aura durée qu'une saison :
Bref, on sait que ça va nous coûter un bras alors autant que ce soit fun ! On a l'impression qu'on en a pour notre argent... Le problème c'est que ceux qui en ont après l'argent du client ce sont les agences, et parfois - souvent même - comme je l'évoquais ici avec la pub pour le Palm Pre on se demande si les agences et les créatifs qui y travaillent ne travaillent pas plus pour leur portfolio ou les prix qu'il peuvent gagner que pour leurs clients.
Pour en revenir au passage cité, lors de mon bref passage en agence donc, j'ai effectivement pu constater que les créatifs sont énormément respectés. Quasiment personne dans l'agence ne viendra remettre en cause leur travail... faut pas s'étonner après que certains jouent les divas et que les égos explosent.
Sans doute parce qu'elles sont particulièrement exigeantes en temps et en énergie, les agences ne conservent guère leurs seniors. Pour Nathan, directeur artistique : « Ces mecs-là disparaissent de la circulation, on sait pas ce qu'ils deviennent. » Il est donc difficile pour les plus jeunes, notamment pour les stagiaires, d'être correctement encadrés, d'avoir un retour sur leur travail et même d'être écoutés. A l'arrivée, l'ascension passe fréquemment par un changement d'employeur.
L'age, on y revient donc. Tout est a peu prés dit dans ce paragraphe, mais que deviennent les seniors ?
- Ils changent de métiers ;
- Ils vont travailler chez le client où ils auront plus de pouvoir ;
- Ils créent leur agence et embauchent un max de
jeunes diplômés
.
On est là en plein paradoxe : d'un coté on nous dit qu'en temps de crise les jeunes pâtissent le plus du manque d'emplois avec des taux de chômage plus élevés, d'un autre coté, le jeunisme semble faire des ravages. Moralité : Quand on est jeune, il vaut mieux être (bien) diplômé car évidemment les premiers à trinquer sont les moins diplômés. Comme quoi, malgré ce qu'on peut dire et entendre, certaines choses ne changent pas et ils semblent que beaucoup trop d'employeurs prêtent, à mon sens, trop d'attention aux diplômes... c'est pourquoi je suis en train de m'en magasiner un ;)
Pour le reste, l'encadrement tout ça, c'est du vu et vécu mais malheureusement je dirais que c'est un peu partout que ça se passe. Et pour avoir travaillé plusieurs années en start-up, j'ai vu des stagiaires à qui on confiait autant, voir plus de responsabilités que certains cadres.
Cette jeunesse fait enfin mentir le cliché qui veut que la pub serait un métier qui « paie bien ». Lors de leurs premières années, les salariés ne sont généralement pas loin du smic horaire. Commerciaux et créatifs émargent à environ 1800 euros bruts, pour des horaires qui oscillent entre 45 et 60, voire 70 heures, pour les semaines les plus chargées. Leur statut de cadre écarte toute rémunération des heures supplémentaires.
Correction : La pub est un métier qui paie potentiellement bien. De l'argent y en a, c'est juste pas tout le monde qui en profite.
L'inhabituelle liberté que ces agences encouragent et qui motive les salariés à faire des « nocturnes », où l'on peut commander des sushis ou rentrer en taxi aux frais de l'agence, ou bien organiser des courses de vélos dans les étages du bureau.
Dans l'agence ou je travaillais, on décapsulait les bières et faisait péter les bouchons des bouteilles de vin tous les vendredis à partir de 15h. Moi qui aime bien les petits pots du vendredi soir, j'avoue que 15h quand on a à peine digéré son repas de midi, c'est tôt.
En start-up, durant les premières années, quant les investisseurs étaient encore pleins d'espoirs et qu'on se voyait déjà faire du x10 ou x100 avec nos stock options on avait un baby foot dans la cafétéria. Énorme succès, on y jouait beaucoup et à n'importe quelle heure de la journée. Puis, la réalité rattrapant le quotidien, il a été décrété qu'on ne devait y jouer qu'aux heures de pause et en dehors des horaires de travail (soit, le midi et/ou avant 9h et après 18h). Enfin, un jour il a été décidé qu'on aurait plus de baby foot.
C'est un peu le même problème que les politiques sur l'utilisation d'Internet au travail. Quand tout va bien, ben... tout va bien, jusqu'à ce qu'un jour ça aille moins et que quelqu'un décrète que c'est de la faute à, au choix :
- Le baby foot ;
- Les gens qui arrivent à des horaires irréguliers ;
- Internet (hier c'était Youtube, aujourd''hui c'est Facebook et demain ce sera Twitter...) ;
- L'arabe de service.
Il doit y avoir un juste milieu entre excès et abus je pense...
