1. Le Français râleur

Pendant les vacances de Noël je suis allé me mettre au vert blanc quelques jours à l'hôtel Sacacomie. La particularité de cet hôtel est qu'à cette période de l'année il est fréquenté en majeure partie par des Français (de France) en vacances qui eux aussi veulent se mettre au vert au blanc.

L'hôtel propose pas mal d'activités comme par exemple des balades en motoneige Skidoo. Quand vous réservez l'une de ces activités vous devez laisser une caution en cas d'accident ou si prévoyez d'oublier de rendre le Skidoo - ce qui n'est pas très pratique à ramener dans l'avion. Jusque là rien de plus normal. Sauf que, là où en France vous laisseriez dans bien des cas un joli chèque signé de votre main, ici on n'accepte les chèque quasiment nulle part (il semblerait que ça semble se généraliser en France aussi d'ailleurs - la faute à la multiplication de chèques non provisionnés). Bref, le seul moyen de laisser une caution est bien souvent la carte de crédit et c'est là que ça se complique.

Admettons que vous devez laisser 2000$ de caution, le marchand avec votre carte de crédit va faire une demande d'autorisation à la banque de 2000$. En échange vous signez un reçu que le marchand conserve. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que, comme pour un chèque, vous avez beau avoir rempli et signé le chèque cet argent est toujours physiquement sur votre compte et ce même s'il est bloqué (ou réservé). En fait, remplir un chèque équivaut plus ou moins à effectuer une demande d'autorisation (excepté que dans un cas la banque est au courant et autorise alors que dans l'autre non, il n'y a que la bonne ou mauvaise foi du client... hé hé on comprend pourquoi les marchands ne veulent pas se faire chier à prendre des chèques).

Retour à l'hôtel avec nos Français. Le jour du check-out il y avait un groupe de Français devant nous qui râlait à la réception, ils avaient aussi loué des Skidoo et avaient laissé une caution... par carte de crédit donc. Ils râlaient parce qu'ils s'attendaient à recevoir une preuve comme quoi l'autorisation avait bien été annulée... prudent le Français, on n'apprend pas à un singe à faire la grimace ! La réceptionniste leur dit qu'elle ne peut pas leur fournir cette preuve car le système ne le permet pas. Le Français s'en va donc grognon en protestant haut et fort : il est débile votre système !

(en fait ça fonctionne exactement pareil en France quand vous louez une voiture par exemple mais je vais expliquer plus bas d'où provient cette frustration).

2. Le Français suspicieux

Là c'est moi, cette semaine au restaurant. Je paie par carte de crédit, on est un groupe de plus 10 personnes et, comme c'est souvent la règle dans les restaurants pour les groupes nombreux le tip est inclus dans la note. Je rappelle qu'au Canada comme aux USA le tip n'est pas inclus dans la note et il faut donc le rajouter (15% c'est la moyenne, selon votre appréciation vous laissez entre 10 et 20%, ne laissez jamais moins de 10% ce n'est pas correct même si vous avez été mal servi vous avez été servi quand même - et ne faites pas votre Français ronchon, c'est pas mieux ou pire, c'est juste différent !).

Bref, je signe donc un reçu de carte de crédit, je rajoute pas de tip parce qu'il est déjà inclus. Normal. Le lendemain en vérifiant mon compte sur le site de ma banque je m'aperçois que le montant de la transaction du restaurant est plus élevé de près de 10$. Je fais un rapide calcul et je constate qu'on m'a chargé deux fois le tip, ce qui ne correspond évidemment pas au reçu que j'avais signé.

Alors que j'étais déjà prêt à retourner au restaurant en question pour remuer ciel et terre, je décide d'appeler le service de carte de crédit de ma banque. Là ils m'apprennent que la somme que je vois actuellement sur mon relevé en ligne n'est qu'une demande d'autorisation. La personne au téléphone m'explique qu'il n'est pas rare que les restaurants ajoutent d'eux-mêmes le tip pour la demande d'autorisation (au cas ou le client oublierait de payer le tip).

Comme on l'a vu plus haut, la demande d'autorisation n'est pas une transaction... c'est juste une garantie.

Ouf me voilà rassuré.

Bottom line

Si dans le fond le système bancaire ne diffère pas du système français c'est dans la forme et la nuance qu'il faut faire attention. En effet en France, par défaut, les banques font très peu la différence entre carte de crédit et carte de paiement. Bien souvent, votre carte de paiement se retrouve être votre carte de crédit (Visa ou Mastercard par exemple). Quand vous faites des achats ils sont débités automatiquement sur votre compte courant, ou au mieux si vous avez souscrit au débit différé c'est débité à la fin de mois mais toujours de façon automatique.

Ici c'est différent, quand vous ouvrez un compte dans une banque vous avez une carte de paiement (on appelle ça aussi carte de débit ou Interac) associée à votre compte et uniquement de paiement. Si vous voulez une carte de crédit, vous devez en faire la demande auprès d'une institution financière, ceci pouvant être votre banque ou n'importe quel autre organisme proposant des cartes de crédit. Quand vous faites une demande de carte de crédit, on va faire une enquête de crédit sur votre personne, à partir de cette enquête on déterminera la marge de crédit à laquelle vous avez droit.

Comment ça fonctionne ? Exemple avec une Visa dont la marge de crédit est de 2000$ : À chaque fois que vous faites des achats avec cette carte, votre facture s'allonge mais il est important de comprendre que cet argent n'est pas débité de votre compte courant. À la fin de chaque mois vous recevez votre facture, à charge à vous de la payer ou non. Si vous la payez en totalité tant mieux, vous aurez un bon dossier de crédit et le cas échéant vous pourrez augmenter votre marge de crédit et vous endetter d'autant plus. Si vous ne payez pas en totalité, c'est mal et attendez-vous à devoir payer des taux d'intérêt de 15 à 20%. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que lorsque vous payez avec votre carte de crédit vous accumulez une dette, cette dette ne pouvant excéder votre marge de crédit, qui est donc ici de 2000$. Il est évidemment dans votre intérêt de rembourser votre dette avant la date d'échéance.

En France ce système de crédit existe aussi, on peut se procurer des cartes de crédit n'importe où, sauf qu'on lui donne un nom particulier : le crédit revolving. Les banques quant à elles préférent utiliser ce type de crédit d'une manière déguisée et plus sournoise en laissant droit à un découvert sur votre compte... si vous ne comblez pas votre découvert vous paierez des pénalités ou agios. En fait, découvert=marge de crédit et agios=intérêts.

Le système de carte de crédit classique comme il est de coutume d'utiliser ici est finalement beaucoup plus transparent, car vous savez ce qui se passe et vous avez toujours le choix entre votre carte de crédit ou votre carte de paiement. À vous d'utiliser la bonne carte à bon escient. À l'inverse le système français qui mélange compte courant et compte de crédit me paraît finalement plus sournois, en séparant bien les deux types de paiement on a une meilleure maîtrise. En revanche, ça peut être aussi plus dangereux car il faut une bonne discipline.

Pour en revenir à nos Français râleurs et suspicieux, je pense que la frustration et la colère viennent d'une méconnaissance du système. Quand on connaît et qu'on sait ce qui se passe sur nos comptes y a pas de problème, on s'assure juste d'avoir l'argent nécessaire ;o)