Cloverfield (Matt Reeves - 2007)
Par Mox Folder le jeudi, janvier 24 2008, 12:45 - Cinéma, TV, Médias - Lien permanent
L'opération de marketing viral sur Internet qui a précédé la sortie de Cloverfield
(voir preview) pourrait être un cas d'école, mais réduire le succès du film (46 millions de $ en 4 jours pour un budget estimé à 30 millions de $) au marketing serait aussi une erreur. Il est ainsi bon de rappeler les similitudes du Projet Blair Witch tant au niveau du marketing que du projet en lui-même. Par ailleurs, il faut aussi mentionner que le producteur, JJ Abrams, à l'origine du projet Cloverfield
est un créateur qui a déjà usé des mêmes procédés promotionnels avec sa série phare Lost
en étendant son univers au-delà du film ou de la série (voir le projet Dharma et la fondation Hanso).
Cloverfield
, est un film de monstre post-11 septembre comme le cinéma japonais avec Godzilla
ainsi que la télévision japonaise (Spectreman) en produisirent à la pelle après la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la fin de la guerre froide. C'est dire l'ampleur du traumatisme du 11 septembre pour les Américains qui à ce titre renvoie directement à l'humiliation et la barbarie qu'ont vécues les Japonais avec la bombe atomique... Qui, ironiquement, était lâchée par les Américains.
L'originalité de Cloverfield
se situe dans son côté images d'archives prises par un particulier avec une caméra vidéo. Auparavant, les images d'archives de catastrophes ou zones de guerre étaient principalement des images de presse, aujourd'hui avec la multiplication des appareils électroniques embarqués (APN, caméras vidéos, téléphones mobiles, etc.), ces images proviennent de plus en plus des protagonistes au cœur de l'action, qu'ils soient militaires ou civils. L'action de Cloverfield
, elle, débute lors d'une soirée d'adieu en l'honneur du personnage principal qui s'en va habiter... au Japon (tiens donc !).
D'emblée je trouve l'ensemble assez bancal. En effet, on ne peut pas s'empêcher de penser au 11 septembre, pourtant on a tous vu les images du 11 septembre : une image de qualité assez mauvaise, et un son - quand il y en a !!! - de qualité télé aussi très moyen.
Dans Cloverfield
, cinéma oblige, l'image n'est pas trop moche (admettons, on dispose aujourd'hui de caméra HD grand public) mais en revanche le son, lui, est exemplaire : des effets sonores constamment présents, bien nets et des basses bien lourdes, sans parasites, ni saturations... II y a des sautes de vidéos et de son parfois, mais je ne me souviens pas avoir entendu des sautes de son uniquement, ce qui laisse à penser que le micro est très efficace et très très bon. Certes aujourd'hui les caméras vidéo grand public gèrent le son 5.1, mais n'oublions pas que le son est fortement dépendant du micro (et vu la qualité et la taille des micros de caméras vidéo grand public, je vous laisse en tirer les conclusions qui s'imposent...). Le souci du détail est relatif et sélectif.
Confusion
On prend le pire caméraman au monde pour recréer un semblant de confusion réaliste et on lui fait faire les pires cadrages foirés que ma mère ferait même pas, les pires mouvements de caméras interdits qu'on voit même pas dans vidéo-gag... C'est limite si Reeves et Abrams ne sont pas maniaques là-dessus, jusqu'au point de donner la gerbe et rendre tous ces mouvements de caméra exaspérants et finalement vains. Exemple : Sur le toit quand les avions passent, les apercevoir une fraction de seconde par un mouvement de caméra - inutile - n'a strictement aucun intérêt quand on entend clairement et fortement le bruit des moteurs à réaction. On peut me dire oui mais c'est de la vue subjective
et bien non, filmer au poing avec une caméra vidéo ce n'est pas de la vue subjective, et c'est là que se trouve le gros défaut du film : Reeves et Abram confondent vue subjective et prise de vue (vue de la caméra). À une époque où les caméras vidéos sont équipées d'écrans LCD géants, et alors que celui qui tient la caméra risque sa vie, je me refuse à croire que le gars reste constamment les yeux rivés dans l'objectif. On est bien en vue de la caméra et non en vue subjective.
Manque de cohérence
Tenter d'imiter la réalité à son maximum par des mouvements de caméra plus qu'approximatifs en mettant de côté le reste traduit un certain manque de cohérence, de plus il n'y a pas que le son il y a aussi la mise en scène : les images prises sur le vif sont mises en scènes alors qu'elles ne devraient pas l'être. Attention il faut bien faire la différence entre le film qui est mis en scène, et les images que l'on voit qui - dans un souci de réalisme - ne devraient pas être mises en scène alors qu'elle le sont. Bref, quand le mec pose son caméscope au moment où ils relèvent la fille qui est empalée, on voit ses jambes alors que le haut du corps est masqué par un objet dans le champ. Traduction : le gars dans un moment de panique s'est dit je vais poser la caméra là pour qu'on voit les jambes de la victime bouger, mais je vais faire en sorte qu'un objet dans le champ masque le haut du corps pour ne trop choquer les âmes sensibles
. Comme les avions dont je parle ci-dessus, ça aurait pu être totalement hors champ ça n'aurait pas changé grand chose dans les enjeux et implications de chacun. Mais sûrement faut-il rester spectaculaire, alors on laisse visibles les jambes de la fille qui s'agitent sous l' effet de la douleur...
En fait ce que je reproche au film ce n'est pas de ne pas coller au maximum à la réalité mais de manquer de cohérence dans son (relatif) jusqu'au-boutisme.
Entre Blair Witch Project et le parc d'attractions
Pour le reste c'est du Blair Witch à New-York sans grande surprise, avec un monstre et la dimension 9/11 en plus.
On a aussi souvent l'impression d'être dans un manège de parc d'attractions : Et donc le pont renversé - ooohhh - et maintenant les tunnels du métro et ses affreuses bibittes - aahhhh - attention les toits - ohlééééé - et le clou final, sous le monstre - iiiihhhhh. Tripant sur un manège de 30s, fatiguant sur un peu plus d'une heure.
Celà dit, reconnaissons aussi que certains moments sont réellement saisissants comme ce passage dans l'obscurité des tunnels du métro où le caméraman utilise tour à tour la lampe torche et la fonction night shot de sa caméra.
On peut aussi mettre au crédit des auteurs un certain savoir faire dans la narration qui par une astuce bien vue (les souvenirs effacés sur la k7 et l'apparition d'images fantômes) nous permet d'appréhender et de comprendre, sans en faire trop dans les dialogues, les motivations du héros qui s'en va secourir sa bien-aimée... ou comment le JJ Abrams de Lost
refait surface ;o)
Au final, Cloverfield
est une curiosité à voir principalement pour le témoignage de son époque qui nous est offert.
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