Au sujet de la technique :

La modélisation et la précision des textures sont exemplaires, même si très inégales. Le rendu n'est pas toujours le même selon l'angle de vue et la scène par exemple. C'est flagrant lors de la rencontre entre Beowulf et la mère de Grendel où Angelina Jolie parait tantôt plus belle que dans la réalité et tantôt aussi fade qu'un personnage de démo de jeu vidéo).

L'animation d'une manière générale, par contre, est atroce. J'ai vraiment trouvé ça mauvais, dans la plupart des scènes statiques on a le sentiment de voir des automates et l'impression d'être face à l'attraction des pirates de Disney en version scandinave. Les visages qui parfois sont superbement animés (vive le motion capture), sont aussi parfois effroyablement statiques (n'importe quel personnage de Ratatouille est 100x plus vivant que ces nordiques endimanchés).

En fait c'est le même problème que l'inégalité pointée juste avant et j'y vois là une raison principale : l'ambition du projet, ils ont du manquer de temps et de budget pour pouvoir tout fignoler. On peut faire énormément de choses avec le numérique, encore faut-il s'en donner les moyens suffisants. Je parlais de l'animation des visages plus haut, si certaines animations sont ratées alors que d'autres non c'est certainement parce que certaines animations sont faites à base de motion capture et pas les autres. On touche là au limites de l'exercice : pour avoir un résultat correct constant, il faudrait non seulement 100% du temps de l'acteur pour les mo-cap (ouais je parle technique ;o), mais il faudrait respectivement autant de temps voire plus alloué au infographistes et autres techniciens.

Aussi, au niveau de la mise en scène, j'ai noté des problèmes de perspective et d'échelle : La scène ou Beowulf remonte de la falaise et court pour rejoindre le pont et sauter sur le dragon ça fait jeu vidéo mais sûrement pas cinématographique, le rendu de la focale et des perspectives ne me semblent pas au point. On peut peut-être y voir là le fait que Zemeckis n'est pas un réalisateur d'animation, c'est un cinéaste et ce n'est sûrement pas la même chose de composer un cadre et le mettre en scène avec des éléments purement virtuels. On pourrait aussi mettre ça encore une fois sur le dos de l'ambition du projet.

Beowulf - Grendel

Je pinaille évidemment, toute la scène du dragon est dantesque et jamais vue auparavant (à part peut-être dans le jeu vidéo God Of War ;o) Le monstre Grendel est aussi réellement monstrueux et touchant (on pense évidemment à Gollum, autre créature entièrement numérique).

Sur la 3D (techniquement appelée stéréoscopie)

La question qui vient évidemment en premier à l'esprit est : La 3D s'impose-t-elle ? Et bien après l'avoir vu en 3D, je dirais évidemment que oui mais j'y mettrais néanmoins quelques bémols.

La où la 3D fonctionne le mieux c'est pendant les scènes statiques, malheureusement ce sont aussi les scènes qui pattissent d'une animation trop figée, mais néanmoins je trouve que c'est vraiment dans ces scènes que la 3D impressionne par son réalisme. Dans les grosses scènes d'action (surtout où la caméra bouge beaucoup) on n'a de toutes façons pas le temps d'apprécier la perspective et ses différents niveaux.

Non seulement c'est une technique encore trop mûre d'un point de vue cinématopgraphique, mais surtout limitée et pour ces 2 raisons je pense qu'il va falloir en finir avec certains effets faciles et hasardeux. Par exemple lorsque un objet est visible sur les différents niveaux de perspective (sur l'axe Z, celui qui amène l'élément de profondeur, par rapport aux axes X et Y de la 2D classique) c'est une vraie torture pour les yeux et le cerveau car techniquement, plus l'objet est censé etre proche, plus les images sont décalées... et inversement plus l'objet est censé être loin, et moins les images sont décalées (voir le principe de la stéréoscopie sur Wikipédia) . L'exemple flagrant c'est quand la mère de Grendel agite son espèce de queue tentaculaire : alors qu'on fixe notre regard et qu'on fait la mise au point sur le centre de l'écran où se trouve la pointe de la queue, on ne peut s'empêcher de voir la base de la queue qui se trouve au premier plan se dédoubler... alors qu'on devrait naturellement la voir plus floue, mais le procédé à ses limites.

C'est peut-être très subjectif et ça varie sûrement d'une personne à l'autre, mais n'oublions pas que cette technique vient duper notre cerveau en recréant un relief qui n'existe pas à partir de deux images plates et il faut je pense tenir compte du seuil de tolérance maximum d'une personne. C'est aussi important de savoir où l'œil doit faire la mise en point et ce genre de scène avec un objet qui traverse toute la perspective sur l'axe Z est à proscrire au maximum. Malheureusement Zemeckis a jugé bon d'y avoir recours assez souvent (la caméra est souvent près du sol par exemple). Je trouve que non seulement ça n'apporte que peu d'intérêt, mais ça demande une gymnastique trop importante pour le spectateur.