Pour mieux faire passer son message, John Carpenter prend à contre-pied les codes du genre : En effet alors que dans les classiques du cinéma de l'époque les envahisseurs représentent le soviet (cf. Planète Interdite, War Of The Worlds), dans “They Live” Carpenter nous suggère en substance que non seulement l'envahisseur est parmi nous mais peut-être nous contrôle t-il déjà et surement même qu'il n'est pas celui qu'on croit.

Une des thématique récurrente de Carpenter est que le mal nous gangrène en chacun de nous, tapis dans l'ombre, il ne demande qu'à surgir (The Thing, Vampires, Ghosts of Mars). La tagline de “They Live” résume parfaitement cette thématique :

You see them on the street. You watch them on TV. You might even vote for one this fall. You think they're people just like you. You're wrong. Dead wrong.

(Notez le “You might even vote for one this fall”, qui fait évidemment référence aux élections présidentielles qui suivirent la sortie du film et est adressé plus précisément à Ronald Reagan).

Aujourd'hui, l'envahisseur a pris une autre forme : le terrorisme. Il ne vient plus de l'est, ni même su Sud : il vient du Moyen-Orient. Désormais le mal a aussi un visage : Al Quaïda. Comble de l'ironie : C'est l'administration Reagan qui a contribué à l'armement et l'entrainement des Moudjahidines pour combattre l'avancée soviet... c'est aussi l'administration Reagan qui a vendu des armes au principaux pays du golf.

Ainsi la saison 6 de 24 qui débute ce dimanche et dont les premiers épisodes sont déjà disponibles sur les réseau P2P prend place dans une Amérique au bord de la guerre civile et en proie au chaos provoquée par une vague d'attentats terroristes perpétrés par des musulmans venant du Moyen-Orient. La question d'identifier, traquer et isoler tous les arabos-musulmans vivant sur le sol US est évidemment soulevée et on devine rapidement que ce sera l'un des enjeux majeur de cette 6e saison renvoyant directement l'Amérique face à son histoire :

  • La persécution des Japonnais sur le sol US suite à l'attaque de Pearl Harbor dont la référence est faite dès le premier épisode de cette 6e saison (cf. “The Siege” (Couvre Feu) qui évoquait déjà la même problématique en 1998 dans un New York en état de siège suite à une série d'attentats palestiniens sur le sol US) ;
  • Les assassinats des frères Kennedy. En effet le personnage de Wayne Palmer, le frère cadet de David Palmer nous renvoie directement à JFK et Bobby : Devenu président, Wayne Palmer devra a son tour faire des choix, la principale question étant “À t-il les épaules aussi larges que sont frère ?”, pour Bobby on ne saura jamais vu qu'on ne lui en a pas laissé l'occasion.

L'histoire est ainsi faite de répétitions, on a souvent l'habitude de dire - et on pense d'ailleurs à tort - que cela ne peut pas se reproduire, que les erreurs du passé sont faites pour apprendre, blablabla... Pourtant si on suit la logique Carpenterienne, à savoir que “le mal est en chacun de nous et l'envahisseur n'est pas forcément celui qu'on croit”, il n'y a donc aucune raison que cela ne se reproduise pas... La vie n'est-elle pas un éternel recommencement après tout ?