De l'art de titrer...
Par Mox Folder le mercredi, août 16 2006, 21:06 - Cinéma, TV, Médias - Lien permanent
Se moquer des adaptations québécoises de titres de films US est devenu un sport national en France. Pourtant, s'il est vrai que Clanche pour Speed peut préter à sourire les titres français de France sont parfois bien pires et ce, dans tous les sens du terme.
Du cul, du cul, du cul...
Ainsi Wild Things devient ... Sex Crimes et, attention plus subtil, Cruel Intentions devient Sexe Intentions alors que Body Shots devient Sexe Attitudes (???). Vous avez notez que sex(e), peut d'écrire à volonté avec ou sans E. Alors, il y a des gens au marketing qui ont surement bien compris que le cul ça fait vendre, ils se disent qu'en mettant systématiquement le mot sexe ou sex ça garanti un minimum d'entrées en salle. Parfois cela ne suffit pas...
Imaginez quand vient l'heure de trouver une adaptation française pour le film Not Another Teen Movie... On le sait, c'est acquis, les gens du marketing ont des lubbies. Le sexe en fait partie, donc il FAUT caser le mot sex(e) dans le titre. En 2001, la France est en pleine vague télé réalité, et la Star Academy fait un carton... comment s'appelle le film au final ? Sex Academy !!!
L'exception qui confirme la règle ...
Y a des exceptions, sinon ce serait pas drôle, Sex and the Single Girl devient Une Vierge sur canapé en français, mais on est en 64 !

Les gens au marketing ont des lubbies, mais si vous croyez qu'il ne sont attirés que par le cul vous vous fourrez le doigt dans l'œil, ils sont aussi très pieux : Hard Rain devient Pluie d'Enfer, Any Given Sunday devient l'Enfer du Dimanche, From Dusk Till Dawn devient Une Nuit en Enfert, Die Har With A vengeance devient Une Journée en Enfer, Road Kill devient Une Virée en Enfer, Con Air devient Les Ailes de l'Enfer (bon là faut avouer qu'ils sont excusés), etc. y en pleins d'autres et même le (relativement) récent Into The Blue devient Bleu d'enfer,
Vous avez remarqué c'est toujours très basique, un sujet un complément, surtout pas de verbes ; après ça fait une phrase et on pourrait croire que c'est un film français les gens n'iraient pas le voir. Non, il faut que ce soit simple, percutant et que, surtout, ça ne laisse aucune place à l'ambiguité. Ainsi le titre ironique du film de et avec Stalonne Paradise Alley devient La Taverne de l'enfer. Pas de place à l'ironie ici le Paradis se transforme en Enfer, et après on ira dire des américains qu'ils ne comprennent pas notre humour sarcastique si fin et teinté d'ironie.

Comme on le voit avec ce dernier exemple, parfois les titres perdent tout sens. Le western crépusculaire de Clint Eastwood, Unforgiven (litéralement Impardonnable) deviendra à tout jamais Impitoyable pour les français... ou comment ammalgammer les notions bibliques de pardon (absolution) et de pitié (lié à la souffrance).
L'exception qui confirme la règle (le retour)...
Cela dit, ce n'est pas toujours aussi catastrophique et on a parfois droit à quelques perles, exemple avec le film Face/Off de John Woo. Le type même du titre intraduisible qui évoque l'idée de retirer un visage. La légende veut que l'adaptation française de ce titre ait été trouvée par un stagiaire qui a ainsi eu l'idée du titre Volte/Face... l'utilisation du / donne tout son intêret au titre et évoque l'opposition qui est une figure emblématique récurrente dans le cinéma de John Woo. Cela dit l'idée du / était déjà présente dans la version originale, mais ils l'ont gardé c'est déjà ça.

Les détail typographiques de ce genre permettent à certain titres de films d'être touchés par la grâce et en tant que graphiste, évidemment, je trouve celà très intéressant. C'est le cas du film Seven que l'on voit parfois écrit Se7en. Mais comme bien souvent, la frilosité des gens du marketing l'emporte sur le sens, la cohérence et la créativité : le sigle Se7ven semble être réservées au coffret du DVD collector et à la jaquette de la bande son du film. Dommage.

Savez-vous aussi qu'après avoir fait un buzz incroyable sur le net rien qu'avec son titre très serie B, les gens du studio ont décidé de renommer Snakes on a Plane, Pacific Air Flight 121 ?! Heureusement, ils se sont vite rendu compte que personne ne voudrait voir Pacific Air Flight 121, alors que des milliers voir des millions de geeks et d'ados tueraient père et mère pour voir Snakes on a Plane (en québécois Serpents à Bord et en français Des Serpents dans l'Avion).
Commentaires
On pourrait aussi ajouter la finesse de certains jeux de mots qui disparaissent complètement à la traduction.
Ainsi, "Road to Perdition" (avec un P majuscule à Perdition car c'est une ville) devient "Les sentiers de la perdition", et hop, Perdition n'est plus une destination, juste une finalité.
Et que penser de "Shallow Grave" (littéralement "tombe peu profonde" mais grave peu aussi avoir le sens de lourd ou de sévère) qui deviendra "Petits meurtres entre amis"... Là, il n'y a même plus de traduction, on surfe juste sur une mode... après le sex(e) à toutes les sauces, on revient aux valeurs sûres avec l'amitié. On pourra citer comme ça: "Petit massacre entre amis", "Petit pari entre amis", "Petits cauchemars entre amis", "Petit week-end entre amis", etc...
"Sexe à l'horizontale entre amis... ou à la verticale ça dépend" ça ce serait du titre ;o) Sinon pour Road to Perdition effrcivement, ils n'ont pas du voir le film, c'est même à se demander si ils ont le dossier de presse entre les mains.
Et au Québec ils n'ont pas du voir le dernier Spike Lee "Inside Man" avant de l'appeler "L'Informateur" car il n'est pas question du tout de ça.