Le moins que l'on puisse dire c'est que ce film ne laisse pas indifférent.

La première partie du film laisse un sentiment bizarre, on est un peu désorienté. En effet on a déjà vu des films mettant en scène des détournements d'avions mais ces films étaient pour la plupart des films catastrophe ou des blockbusters placés sous l'angle du divertissement.

Dans « United 93 » ce qui frappe c'est le réalisme et la minutie de la reconstitution : images tremblotantes, cadrages hésitants, prises de vue dans l'avion souvent surexposées. Durant cette première partie on ne sait pas trop où on est, ça commence presque comme un film catastrophe classique, puis vient le premier crash sur la tour du World Trade Center.

Là on est frappé par 2 choses :
- l'incapacité et la paralysie des agences de sécurité aérienne civiles comme militaires à faire face à ce qui leur arrive : ils ne font rien et ne peuvent rien faire, ils ne savent pas ce qui se passe, ils ne savent même pas où sont passés leurs avions.
- l'intelligence et la minutie de la mise en scène de Paul Greengrass.

Bref c'est très bien rendu dans le film et bien que le titre du film soit « United 93 », Paul Greengrass s'attache autant à raconter ce qui s'est réellement passé au sol qu'à imaginer un hypothétique déroulement des événements qui se sont déroulés dans le vol de United… Car en fait, non seulement on ne sait pas ce qui s'est passé dans ce vol, mais on ne sait pas non plus ce qui s'est passé dans les autres vols. Ce qui se passe dans cet avion est plausible, crédible, on y croit et on voit que les passagers de l'avion sont tout aussi désarmés, impuissants et paralysés que les aiguilleurs et agences au sol. On imagine qu'il s'est passé la même chose dans les autres vols, à une différence près : les terroristes du vol United n'ont pas atteint leur but.

A ce titre, la dernière partie du film - les 15-20 dernières minutes - est très éprouvante. D'ailleurs si je dois faire une critique c'est là.

Je regrette que juste avant le crash, les passagers aient été si près du but. En effet ils parviennent à rentrer dans la cabine dans un moment de rage et de désespoir quelques secondes avant le crash. Paul Greengrass a choisi de nous montrer cette vision là, la vision la plus tragique, c'est sa vision à lui (et peut-être aussi la vision des familles des victimes qui ont participé à l’écriture du film)... il (sur)dramatise des événement déjà dramatiques en eux. J'ai trouvé que c'était trop à ce moment, je pense que ce n'était pas nécessaire de nous montrer les passagers entrer dans la cabine juste avant le crash... mais quelque part il fallait montrer ces passagers luttant à mort contre les terroristes, peut-être était-ce ce que voulaient les familles des victimes...

Un dernier truc aussi que le film rend très bien et qui pourra peut-être permettre au monde entier de comprendre ce que les américains ont du ressentir ce jour là. Quand on voit le film l'expression « America under attack » prend tout son sens. En effet on y voit les aiguilleurs des agences aériennes et de l'armée voir leurs avions détournés un par un, puis vient un crash, puis deux, puis trois... à ce moment on voit la peur en eux, ils ne savent pas ce que c'est, ils ne savent pas quand ça va s'arrêter, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive... ils ne savent pas si les terroristes sont une poignée ou plusieurs dizaines, voire centaines... Et cette peur on la retrouve aussi dans l'avion de United où les passagers ne savent pas ce qui se passe et avant qu'ils ne comprennent et réalisent, ils ne savent pas ce qui va leur arriver. Bref on a pu se demander comment 4 hommes armés uniquement de couteaux pouvaient maîtriser l'ensemble de l'équipage et les passagers d'un avion. Avec United 93, on voit une possibilité des événements qui ont pu se dérouler dans ces avions, mais surtout on comprend bien les mécanismes de peur qui peuvent se produire en de telles circonstances. Et ça « United 93 » le retranscrit très bien.