(Martin Scorsese - 2006)

Remake inutile parce que ça commence sérieusement à fatiguer cette manie de faire des remakes de films non américain adaptés et calibrés pour un public américain. Alors quoi ? Sont-ils ethnocentristes à ce point qu'ils ne peuvent apprécier les films étrangers ? L'omni-présence du téléphone cellulaire est pour moi très caractéristique de ce calibrage pour le public américain ... ou bien c'est un placement produit très grossier pour l'opérateur téléphonique Sprint.

Inutile remake parce que il y a un sentiment étrange qui plane tout au long du film... Scorsese s'est plutôt bien réapproprié l'histoire bien que globalement, le scénario soit à quelques détails prêts une copie confirme de l'original. Là ou ça coince, selon moi, c'est justement sur les détails comme par exemple le bras cassé du flic infiltré (Di Caprio) qui est déplacé chronologiquement dans l'histoire. Pourquoi garder ce détail pour en changer la chronologie alors que finalement il garde plus ou moins le même sens ? Le public américain ne peut pas voir Di Caprio avec un plâtre au bras durant tout le film, c'est ça ? Et puis, il y a ce triangle amoureux... là on se demande si il fallait une scène de cul pour respecter le cahier des charges ou si il fallait que Di Caprio se tape la belle... J'avoue que ça me laisse perplexe. Et, il y a cette fin et cette caractérisation du personnage de Matt Damon trop manichéenne, ici il est définitivement un méchant et il est même puni pour ça... Comme s'il fallait que le film se finisse par la mort de celui qui a trahi.

The Departed

Alors oui Scorsese s'est réapproprié le film : À part le fait qu'il ait délaissé les italiens de New-York pour les Irlandais de Boston, y a pas de doutes, on est bien devant un film du réalisateur des “Affranchis?. Ainsi, là ou dans “Infernal Affairs? le chef de la triade était relégué au 2nd plan au point de n'être qu'un élément du décor, dans cette version américanisé le chef mafieux interprété par Jack Nicholson prend une telle ampleur qu'il en devient un des personnages principaux si ce n'est le personnage principal. Scorsese s'amuse avec ses mafieux et leur univers comme il l'a déjà fait dans ces précédents films et tout comme il semble s'amuser aussi avec l'univers de la police et des policiers (Le flic interprété par Mark Wahlberg pourrait être un Joe Pesci du bon coté de la lois, une sorte d'homme de main un peu barjot).

Du coup ça m'intéresse moins, car tout ce qui faisait l'intérêt selon moi d'Infernal Affairs s'envole petit à petit que le film avance. Ok, je suis pas venu voir “Infernal Affairs?, je suis venu “The Departed? mais- entre un Jack Nicholson survolté, un Leonardo Di Caprio écorché vif et un Matt Damon tout en rétention - plus le film avance plus j'ai l'impression de voir un épisode des Sopranos entrecoupé de spot de pubs pour l'Actor Studio. Et plus le film avance plus le film s'éloigne de mes centres d'intêrets (la psy et l'histoire d'amour je m'en fiche, le chef mafieux félé du bocal qui fait son one man show ça m'intéresse moyen ... les flics qui se tapent sur la gueule ouais bon c'est marrant 5 min, etc.). Bref, dans “Infernal Affairs? le scénario allait droit au but et se focalisait uniquement sur les deux personnages principaux sans s'éparpiller (le film commence alors que le flic est déjà infiltré depuis plusieurs années), dans “The Departed?, Scorsese s'attache à dépeindre l'univers et raconter plusieurs histoires parallèles (l'infiltration du fic, toujours cette histoire d'amour ou de cul je sais pas )...

The Departed

Puis il y a ce sentiment de surcharge explicative ou de surchage globale typique des films américains, un coté too much. Deux exemples :

  • La lettre : Dans “The Departed?, on la voit systémaquiement en gros plan (quand Nicholson monte dans la voiture, lors de l'échange au cinéma, le texte est écrit en gros au marqueur noir) alors que dans “Infernal Affairs? elle se fait magistralement discrète (le texte est écrit au stylo dans un coin).
  • La scène de la sortie du cinéma après l'échande de l'enveloppe : dans “Infernal Affairs?, elle est sobre, plutôt courte, très classe mais malgré tout intense... dans “The Departed?, elle est plus longue ou du moins elle est en deux temps (inévitable séquence de "poursuite"), et surtout elle se conclut par un meurtre (pourquoi ? ... ou pourquoi pas c'est selon, mais bon encore un élément qui n'est pas dans le film original).

The Departed

En oubliant Infernal Affairs je ne pense pas que ce soit un mauvais film, mais définitivement ce qui ne passe pas ce sont ces choix d'adaptations... c'est fidèle parfois jusque dans les moindres petits détails (le mec qui emménage dans un loft, la psy, l'enveloppe, la chute du haut du building, les conversations enregistrées, le CD... même la chaîne hi-fi à 100k$ (d'ailleurs à ce titre, référence au film original ou scène coupée au montage ?)) mais il y a malgré tout des variantes incompréhensibles, qui au fond ne passent pas : le triangle amoureux, le bébé, la fin, l'implication du FBI, le choix du personnage de Matt Damon qui finalement n'en est pas vraiment un contrairement au film original qui jouait carrément la dessus.

Bref, je suis carrément passé à coté du film, peut-être à revoir plus tard...